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Ahmed kourouma et Tierno Monénembo s'affrontent ( l'un pour, l'autre contre la dictature) LISEZ PLUTÔT LES DEUX

GUINÉE  /  11 Jun 2019

J’admire Tierno Monénembo et depuis longtemps. Il est difficile de le lire en restant de marbre, sans laisser l’émotion prendre la place qui lui est due.

Il est tout autant difficile de refermer un de ses livres et continuer à être ce que nous étions car chacun de ses livres apporte un travail de réflexion qui ne nous quitte plus.

Et il me tue de le dire, mais il y a un mais.

Mais je viens de lire la tribune qu’il vient de publier. Ce petit cours d’histoire ou de flagellation.

Alors merci pour ce récapitulatif des ogres de Guinée si tant est que l’on peut tous les assimiler.

Merci pour ce cours magistral qui pourrait aussi s’appeler « comment une génération a laissé faire ça ».

Tierno Monénembo est dans le constat comme beaucoup, cependant beaucoup ne peuvent pas faire plus. Le plus, beaucoup l’ont tenté et ont disparu, mais ça c’était avant, avant quand il était dangereux voire mortel de se dresser contre la dictature et les ogres que vous dépeignez.

Aujourd’hui il y a beaucoup de nouveaux résistants issus de cette génération qui a fui ou laissé faire.

Mais soit, chaque guinéen a les armes qu’il s’est choisies ou qu’on lui a attribuées.

Lister depuis le bocage normand des dictateurs, des généraux, des présidents, tout en pointant du doigt l’imbécillité du peuple, pourquoi pas. Tierno Monénembo est un grand écrivain et la critique, le brulot, le pamphlet sont salutaires dans toute société surtout celles en devenir.

Parce qu’elle est en devenir notre société, tout comme sa politique.

Alors oui, soixante-et-un ans, c’est beaucoup. Surtout lorsqu’elles sont misérables. Mais qu’aurait pensé Tocqueville s’il avait vécu pour voir la guerre civile dans ce pays si cher à son cœur ?

Qu’aurait-il dit ou pensé s’il était mort en 1863 ?

Aurait-il dit, « presque cent ans d’indépendance pour en arriver là ! presque cent ans de rêve démocratique pour un des plus grands bains de sang de l’Histoire. »

Peut-être. Pourtant la guerre de Sécession, comme nous le savons a fédérée tout une nation. Elle fut la dernière épreuve que les Etats-Unis d’Amérique, cette jeune nation, ont dû subir pour devenir adulte. Beaucoup la voyait déjà anéantie, morcelée, et aujourd’hui voyez ce qu’elle est !

Alors non, il n’aurait pas listé les présidents coupables selon lui de cette finalité, il n’aurait pas traité les américains d’idiots, de suiveurs, de sycophantes ou d’hypocrites.

Les visionnaires ont pour eux le rejet du constat, parce qu’ils savent qu’il y a bien plus derrière l’évidence.

Il y a l’avenir.

Et cela n’est pas donné à tout le monde de le discerner sous le fatras de l’Histoire.

Nous avons les armes que nous nous choisissons, et nous avons le choix de leur usage.

Je ne suis pas un visionnaire, je ne connais pas ou n’appréhende pas l’avenir. Mais lorsqu’il s’agit de la Guinée je préfère le construire cet avenir.

Nous connaissons tous son passé. Nous pouvons tous lister ces hommes d’états, ces militaires et autres suiveurs. Nous pouvons tous cracher en l’air sans bouger et après ?

Le peuple de Guinée n’a pas besoin qu’on lui rappelle ses travers ou ce qu’elle a pu être. Mais plutôt ce qu’elle peut être et surtout comment le devenir.

Aujourd’hui la Guinée a plusieurs armes. Et vous, monsieur Monénembo vous en êtes assurément une. Une des plus fines, des plus directes et des mieux affutées.

Parce que si toute nation a le gouvernement qu’elle mérite, je suis convaincu que le peuple de Guinée vous mérite. C’est un peuple courageux et brave, qui s’est peut-être fourvoyé par le passé et qui de nouveau peut-être se perdra mais qui mérite de grands hommes et de grands penseurs.

Les armes de Guinée ne sont pas pléthores et j’espère vraiment que dorénavant aucune ne manquera plus sa cible.

Par Ahmed kourouma

Vice-président du PartiGrup

Voici ci-dessous le texte de Thierno Monenembo

LA GUINÉE, UNE USINE À FABRIQUER DES DICTATEURS (PAR TIERNO MONÉNEMBO)

« Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. », Tocqueville

Hissez un rat au sommet de l’Etat, tous les Guinéens viendront s’agenouiller ! A force d’opportunisme et de démagogie, nous sommes devenus un peuple de laquais qui prend un malin plaisir à fabriquer ses tyrans et à leur offrir des verges pour se faire botter le cul. Du postier, Sékou Touré, nous avons fait « le responsable suprême » d’une révolution aussi criminelle que surréaliste ; du soudard Lansana Conté, un général, du pompiste Dadis Camara, le Moïse des nouveaux temps ; du tigre en papier, Sékouba Konaté, un kaiser des tropiques ; de l’éternel étudiant Alpha Condé, un professeur-président et bientôt peut-être, un mangué à vie. Les titres ronflants, les discours creux, les louanges à quatre sous, ça nous connaît ! Sommes-nous les citoyens d’une République ou les griots de la cour ? Les griots de la cour, sûrement ! Sauf, que le griot, le vrai, est d’ascendance noble. Tout chez lui, exprime la prestance : l’allure, le geste, la parole ! Hélas, la décadence de notre pays est telle que cette valeur-là aussi a fini par dégénérer. On ne pince plus la cora à la gloire des valeureux, on ne joue plus de la flûte pour chanter le courage et l’amitié mais pour le prix de la sauce. Nous avons atteint un tel niveau de bassesse humaine que les prêtres comme les marabouts, les soldats comme les mandarins, les riches comme les pauvres, tout le monde est prêt à jeter la culotte pour un plat de bourakhé, à honnir le père et la mère pour un misérable strapontin. Nous sommes devenus un petit peuple de rien du tout que plus personne ne craint, que plus personne ne respecte. Normal, diront nos détracteurs : le larbinisme ne mène jamais loin !

Et pourtant, nous avions tout pour devenir une nation riche, une nation forte, une nation exemplaire : la culture, l’histoire, la géographie ! Qui dit Guinée dit passé glorieux, beaux paysages, belles femmes, bauxite, cours d’eau, diamant et or. Il ne manque qu’une seule chose à ce pays de cocagne : la dignité ! Où l’avons-nous mis, ce legs capital de nos aïeux ? Comme Esaü, son droit d’aînesse, nous l’avons vendu pour un plat de lentilles ou plutôt pour une calebasse de niébé.

Pauvre Guinée ! 61 ans d’Indépendance ! 61 ans de misère, d’infantilisme politique et de haine ! La faute à qui ? A nous tous !

Comment en est-on arrivés là ? Par le jeu sans fin de la cupidité et du renoncement : renoncement au courage, renoncement à la solidarité, renoncement à l’histoire, renoncement à l’honneur, renoncement à l’honnêteté. Tout cela mis ensemble a produit cette société infecte qui est la nôtre aujourd’hui. Ce monde interlope propice aux charlatans et aux criminels, aux tartuffes et aux aigrefins. Plus d’ami, plus de frère ! Aucun effort, aucun mérite ! Aucun idéal, aucune ambition ! Une seule et unique raison de vivre : le bakchiche, le pot de vin, la prébende ! Bouffer à n’importe quel prix quitte à ramper devant Médor et à aboyer à sa place ! D’où vient ce manque de confiance en soi, ce réflexe de peuple mineur, ce besoin permanent de s’inventer des parrains corses et des garde-chiourmes armés de triques ?

Avons-nous peur d’être libres ?

A un moment où de nouveau, notre destin se joue avec-comme sous Lansana Conté en 2006 et Dadis Camara en 2010- un risque énorme de bain de sang, nous devrions méditer ce qu’écrivait l’écrivain français Joseph de Maistre : « Toute nation a le gouvernement qu’elle mérite. »

Par Tierno Monénembo