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Corée du Sud: Séoul part en guerre contre les cyberviolences sexuelles

AFRIQUE & MONDE  /  6 Dec 2019

La mairie de Séoul vient d’ouvrir un « centre d’aide aux victimes de cyber violences sexuelles ». Il tente d’apporter une réponse au problème des abus sexuels commis en ligne ou par l’intermédiaire de gadgets électroniques.

De notre correspondant à Séoul,

C’est un phénomène de société qui ne cesse de s’aggraver en Corée du Sud. Selon un sondage effectué en novembre par la mairie de Séoul, 14% des Séouliennes interrogées affirment avoir été directement victimes de violences sexuelles en ligne. Ces violences peuvent être des avances sexuelles non-sollicitées sur les réseaux ou la réception, toujours non sollicitée, d’images pornographiques.

Un centre d’aide

20% des victimes affirment avoir été filmées dans des situations intimes sans leur consentement. Dans de nombreux cas, ces vidéos ou ces photos sont ensuite diffusées sur internet. Mais seulement 7% de celles qui ont souffert de tels abus ou qui en ont été témoins portent plainte, parce qu’elles ne connaissent pas la procédure ou parce qu’elles ont trop honte et trop peur de l’opprobre sociale. « Dans les rares affaires où les victimes osent porter plainte, les coupables ne reçoivent en général que des peines légères : un avertissement, une petite amende », explique une représentante de la mairie. Séoul a donc décidé d’agir en mettant sur pied ce centre d’aide, qui ouvert ses portes lundi.

Les victimes peuvent recevoir d’abord un soutien psychologique grâce à des consultations données par des professionnels. Et ensuite une assistance juridique pour que les victimes puissent poursuivre en justice leur agresseur. Ces discussions peuvent se dérouler en ligne, via un site internet, ou dans les murs du centre.

Le phénomène « molka »

La municipalité enverra aussi 40 formateurs donner des cours de prévention dans les écoles primaires et les collèges de la capitale et elle a recruté 750 bénévoles qui ont pour mission de parcourir les réseaux sociaux, les forums et les sites pour traquer toute activité illégale et la signaler aux autorités.

En un mois, 4 500 cas d’abus ont déjà été identifiés. Il s’agit souvent de diffusion de vidéos sexuelles prises à l’insu des victimes avec des caméras minuscules, dissimulées dans des vestiaires, des toilettes publiques, etc. Un phénomène si répandu qu’il a désormais un nom : « molka », ce qui signifie « caméra cachée ».

Le symbole Goo Hara

Cette initiative de la mairie est un pas dans la bonne direction, mais le problème semble endémique. Cela fait des mois que les « molkas » font régulièrement la une de la presse sud-coréenne. Plusieurs victimes, terrifiées à l’idée que ces vidéos puissent être partagées, se sont suicidées.

Fin novembre, Goo Hara, une chanteuse de K-pop, la musique pop coréenne, a mis fin à ses jours. Son ex-petit ami avait filmé leurs ébats en cachette, et avait menacé de diffuser les vidéos pour détruire sa carrière. Elle avait porté plainte. Mais les juges ont estimé que si l’homme avait bien filmé sa partenaire à son insu, ce n’était pas un acte condamnable. Ils lui ont tout de même infligé une peine de 18 mois de prison avec sursis pour agressions physiques. Une peine jugée trop légère par ses fans après le suicide de l’actrice.

Les militantes féministes accusent les juges coréens, en majorité des hommes, de ne pas comprendre la souffrance que peuvent causer ces vidéos et leur diffusion. Elles exigent que ces actes soient considérés comme des violences sexuelles à part entière... Et l’établissement de ce centre d’aide aux victimes est le signe que leur message commence à être entendu.

Avec RFI