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Bolivie: une loi d’immunité contre les crimes de la crise post-électorale votée

AFRIQUE & MONDE  /  7 Dec 2019

Une loi polémique vient d’être votée en Bolivie. Le texte permettrait qu’aucun dirigeant politique ne soit poursuivi pour des faits liés au conflit post-électoral.

Avec notre correspondante à La Paz,Alice Campaignolle

Loi de garantie pour le plein exercice des droits constitutionnels, c’est le nom exact de la loi votée vendredi 6 décembre. Certains l’appellent tout simplement la loi d’immunité. Après une session parlementaire marathon de plus de 12 heures, le texte a finalement été approuvé par la majorité des députés, issus du parti de l’ex-président Evo Morales, le MAS.

Le texte contient notamment une disposition visant « à garantir le travail des autorités élues » en interdisant leur appréhension et leur détention pour des faits liés à la crise post-électorale.

Veto de Jeanine Añez

Du côté des parlementaires minoritaires, dont faisait partie celle qui est désormais présidente, cette proposition est inacceptable. Gonzalo Barrientos, député du parti Unidad Demócrata à l'Assemblée législative plurinationale de Bolivie est scandalisé : « Nous sommes tous égaux devant la Constitution. Et là, et bien ils votent une loi qui bénéficiera à quelques-uns, pour se protéger des délits qui ont pu être commis. »

Jeanine Añez, la présidente par intérim, a déjà annoncé qu’elle opposerait son veto à ce texte. Elle ne le promulguera pas. Elle y voit la possibilité pour Evo Morales, de ne pas être inquiété pour les faits de fraude électorale dont il est soupçonné, mais aussi pour l’organisation, depuis le Mexique, de l’encerclement des villes boliviennes. Après quelques jours de calme dans le pays il semblerait que s’installent désormais de graves tensions institutionnelles.

La police pas responsable des assassinats, selon Arturo Murillo

Outre la responsabilité des élus dans la crise post-électorale, celle des des forces de l'ordre est pointée du doigt. Pour la Commission interaméricaine des droits de l'homme, il n'existe actuellement aucune garantie d'enquête impartiale. Mais le ministre de l'Intérieur, Arturo Murillo, soutient déjà que les forces de l'ordre ne sont pas responsables.

« Ce qu'il se passe en Bolivie est déformé, et certains essayent de démontrer qu'il y a eu des abus, des assassinats, soutient le ministre bolivien de l'Intérieur. Oui, il y a eu des morts. Mais il faut savoir d'où viennent ces morts, comment ils sont morts et pourquoi. En dépit de la douleur que nous ressentons, il y a une satisfaction : pas une seule de ces personnes n'a été touchée par une balle de l'armée ou de la police. C'est une satisfaction car cela signifique que ce que nous avions mis en place a porté ses fruits. Alors vous allez me demander : d'où viennent ces morts ? Eh bien de leur propre camp. Ils ont tué des gens dans leur propre camp pour énerver leurs troupes, et les autopsies le montrent. »

Avec RFI