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REVUE DE PRESSE FRANÇAISE / PodcastÀ la Une: une fin de grève confuse

AFRIQUE & MONDE  /  20 Jan 2020

« Après un mouvement historique, la mobilisation contre la réforme des retraites prend désormais la forme d’actions ciblées et symboliques, souvent hors du contrôle des syndicats », relève Libération en des termes pour le moins prudents.

Libération qui s’interroge : « Bien malin celui qui prétend résumer en un mot l’état du mouvement social contre le projet de réforme des retraites. Après s’être structuré autour de la grève record menée dans les transports, est-il en train de se réinventer sur la forme, comme tend à le montrer la multiplication des actions spectaculaires ? Est-il d’abord en train de se durcir, voir de se "radicaliser", comme l’affirme le pouvoir après différents épisodes (où la violence est toutefois restée fort relative) ? À moins qu’il ne soit surtout en train de rentrer dans son lit, avec notamment la décision de l’Unsa, majoritaire à la RATP, de cesser ce lundi sa grève reconductible pour se concentrer sur les seuls jours de manif. »

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Week-end noir

Il faut appeler un chat un chat, s’exclame Le Figaro : « de saccages assumés en incendies volontaires, de menaces individuelles en intimidations collectives, la violence, en quelques mois, est devenue un mode naturel d’expression politique, déplore le journal. Autrefois cantonnée aux émeutes de banlieue, elle cible désormais, en plein cœur de Paris, le chef de l’État et ses ministres. »

Sud-Ouest renchérit : « La France est-elle encore en démocratie ? On peut se poser la question après le week-end noir que notre pays vient de vivre. De petits incidents, mineurs en apparence, mais violents pour ceux qui les subissent, et qui, juxtaposés, finissent par dessiner le visage tuméfié d’un pays où une petite minorité agissante et brutale tente d’imposer sa loi. »

Et Sud Ouest de détailler : « Il y a eu cette intrusion violente au siège de la CFDT, coupable de vouloir signer un accord sur la réforme des retraites. Puis le président Macron empêché d’assister à un spectacle sous la pression d’une petite foule menaçante, ameutée via les réseaux sociaux par un pseudo-journaliste, mais vrai militant d’extrême gauche. Et enfin, cet incendie de La Rotonde, brasserie favorite du chef de l’État, et qui va mettre une trentaine de personnes au chômage pendant au moins trois mois. Ces incidents ne sont pas isolés. Ils s’inscrivent dans un contexte où montent l’intolérance et la violence. »

Les Échos sont sur la même ligne : « Casser (ou occuper, conspuer) à défaut de peser : la violence est malheureusement devenue un symptôme récurrent de notre démocratie malade. "Quand on n’est pas d’accord, on devient une cible à abattre", dénonçait vendredi Laurent Berger, qui venait de subir une intrusion au siège de la CFDT. Quand on perd un rapport de force, on bascule dans l’autre combat, à la déloyale. Le réflexe est d’autant plus primaire qu’il a toutes les chances d’être contreproductif. Rien de plus efficace que la violence gratuite pour discréditer un mouvement. »

Et Les Échos de conclure : « Si une bataille comme celle des retraites se gagne sur l’opinion, les événements des derniers jours lui donneront sans doute un coup de pouce et précipiteront la fin du conflit. »

Réforme du bac : élèves sous pression
À la Une également, la réforme du bac qui prend corps ce lundi...

Là aussi, ça coince… Le Monde s’interroge : « S’apprête-t-on à revivre, après le coup d’envoi, aujourd’hui, des épreuves communes de contrôle continu du nouveau baccalauréat, une crise du même ordre que celle qui avait émaillé la session de juin 2019 et vu des enseignants retenir notes et copies ? "Dans la grande majorité des établissements, les choses se présentent très bien", tempère d’emblée le ministère de l’Éducation. Il n’empêche : alors que pleuvent dans les lycées les motions et les pétitions, que s’y succèdent les assemblées générales et réunions, les premiers concernés – les lycéens de 1re appelés à composer, ces prochains jours, disent voir la +pression monter+. »

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Et profs en colère

En effet, complète Le Parisien, « des manuels et des cahiers qui volent et s’écrasent sur les marches des rectorats, danse sinistre de papiers orchestrée par des professeurs ulcérés. La scène s’est répétée ces derniers jours, place de la Sorbonne, à Paris, à Toulouse, à Clermont-Ferrand, à Caen et Versailles… Symbole fort télégénique, présage fort inquiétant aussi. Le nouveau baccalauréat, qui devient réalité cette semaine pour les 526 000 élèves de 1re générale et technologique, risque de passer un sale quart d’heure. Une partie des enseignants vont boycotter les premières épreuves de contrôle continu, qui doivent être organisées dans chaque lycée à compter d’aujourd’hui. »

En fait, cette réforme du bac « se heurte à deux objections, pointe Libération : « Elle risque d’introduire une inégalité devant l’examen, puisque chaque établissement l’organise selon des modalités variables et autour de sujets divers ; elle fait surtout retomber sur les proviseurs un travail supplémentaire, auparavant assuré par les rectorats. (…) Plus largement, le mouvement de contestation reflète le mal-être général des enseignants, relève encore Libération. Moins payés que dans beaucoup de pays d’Europe, les profs ont le sentiment d’un déclassement qui contraste avec l’importance de leur mission dans une société inégalitaire et divisée. La réforme des retraites laisse de surcroît planer l’incertitude sur le sort qui leur est réservé en fin de carrière. Le remède ?, s’interroge Libération. Il y faut de la reconnaissance, certes, répond le journal, mais surtout des preuves de reconnaissance, qui passent par une revalorisation des traitements, seule manière de compenser leur travail supplémentaire et de les rassurer sur l’avenir de leur retraite. »

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Libye : une crise aussi grave qu’en Syrie ?
Enfin, la conférence sur la Libye à Berlin, qui a tenté hier de faire reculer les ingérences internationales.

« Avons-nous suffisamment conscience des dangers que présente la situation en Libye ?, s’exclame La Croix. Nous connaissons le drame des migrants qui passent par ce pays. Nous savons que la chute du régime de Kadhafi en 2011 a considérablement facilité les agissements islamistes dans le nord de l’Afrique. Et on voit bien que ce pays subit un affrontement entre l’est et l’ouest de son territoire. Ce que, en revanche, nous ne mesurons pas suffisamment, pointe La Croix, c’est à quel point les ingérences étrangères ne cessent d’envenimer toutes les données du dossier. Au point que certains y voient le risque d’une crise aussi grave que celle de la Syrie, à quelques centaines de kilomètres de nos côtes. Algérie, Arabie saoudite, Égypte, Émirats arabes unis, France, Grèce, Italie, Qatar, Russie, Turquie : la liste des protagonistes est longue et embrouillée. Et les querelles qui sont en jeu sont parfois très éloignées du sort de la population libyenne. »

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Avec RFI