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Italie: le Sénat lève l'immunité parlementaire de Matteo Salvini

AFRIQUE & MONDE  /  13 Feb 2020

Le Sénat a renvoyé en justice Matteo Salvini, leader et sénateur de la Ligue, mercredi 12 février. L’ancien ministre de l’Intérieur est accusé, par un tribunal sicilien, d'abus de pouvoir et séquestration de personnes pour avoir bloqué pendant plusieurs jours un bateau des garde-côtes italiens avec 116 migrants à bord, au large de Lampedusa, en juillet 2019.

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Avec notre correspondante à Rome, Anne Le Nir

La levée de l'immunité parlementaire de Matteo Salvini est à la Une des journaux en Italie

La décision du Sénat a provoqué la colère de Matteo Salvini. Mercredi 12 février, le leader de la Ligue a été renvoyé en justice accusé de séquestration de personnes. Déchaîné contre ses adversaires qui ont levé son immunité parlementaire, le sénateur a revendiqué avec arrogance ce qu’il a fait... et qu'il serait prêt à refaire.

« J’estime avoir défendu ma patrie. J’ai fait ce que les Italiens avaient oublié ce qu'il est possible de faire, c’est-à-dire : maintenir une promesse électorale. Tout le monde en Italie savait qu’en votant pour la Ligue et en votant pour Salvini, nous aurions tout mis en œuvre pour bloquer les débarquements de migrants clandestins », a déclaré Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur en Italie de juin 2018 à septembre 2019.

En théorie, le chef et sénateur de la Ligue encourt une peine de 6 mois à 15 ans de réclusion. Sa principale stratégie de défense sera de tenter de démontrer que le blocage pendant une semaine du navire militaire, qui avait à son bord 116 migrants, en juillet 2019, époque où il était ministre de l’Intérieur, était une décision collective du gouvernement.

Un coup dur

Il s'agit d'un coup dur pour Matteo Salvini, déjà fragilisé après son échec aux élections d'Emilie Romagne. « La magistrature ne va pas s’interroger si Salvini est un ministre ou non, si c’est un procès politique ou pas, analyse Giuseppe Bettoni, professeur à l'Université de Rome. Le politique n’a plus de contrôle et si la magistrature enquête et tranche qu’il y a eu effectivement un procédé illégal, Salvini risque d’aller en prison. » Et même s'il n'est condamné qu'à six mois, « c’est une peine qui le porte à l’inéligibilité dans le futur, donc c’est très grave ».

Cette levée d'immunité fragilise Matteo Salvini, estime Giuseppe Bettoni, à la fois « d’un point de vue symbolique, parce que cette situation ne renvoie pas une belle image » mais aussi « d’un point de vue interne dans son parti, parce que c’est un homme mis en examen, qui va être jugé d’une manière ou d’une autre ».

Et le fait que le procès risque de durer longtemps est à double tranchant, analyse le professeur. « C’est un bien parce que la sentence pourrait arriver quand ce sera désormais inutile mais c’est aussi un mal parce que ça va faire de lui un homme politique sous procès. C’est un échec pour lui. »

Avec RFI